


Augusta Read Thomas cultive une rareté : l'optimisme 
| © Dan Rest |
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Augusta Read Thomas : Concerto pour violon n° 3
Trois Américains à Paris : ainsi pourrait s'intituler le concert donné le 16 janvier, Salle Pleyel, par l'Orchestre Philharmonique de Radio France, au cours duquel sera créé le Troisième Concerto pour violon "Juggler in Paradise d'Augusta Read Thomas.
«Gershwin était un compositeur de songs qui a évolué vers la musique sérieuse. Je suis un compositeur de musique sérieuse qui essaie d’être un auteur de songs», écrivait Leonard Bernstein. Une affirmation légitime, qui mérite toutefois d’être nuancée. Certes, en composant Un Américain à Paris, Gershwin souhaitait que ses pairs le reconnaissent comme un auteur de musique «savante». Mais Bernstein s’agaçait qu’on lui rappelle sans cesse le triomphe de West Side Story alors qu’il avait écrit, en marge de Broadway, tant d’œuvres qui regardent vers la tradition symphonique européenne. Des partitions qui, tel Halil, témoignent également de son enracinement dans une culture juive ancestrale.
C’est à Tanglewood que Bernstein dirigea pour la première fois un orchestre professionnel en 1940, et donna son ultime concert en 1990. Durant trois étés (1986, 1987 et 1989), Augusta Read Thomas eut la chance de le rencontrer dans cette ville du Massachusetts, célèbre pour son festival et son académie musicale. Le 16 janvier, elle nous offre en création mondiale son Concerto pour violon n° 3, qui témoigne de la parfaite assimilation de modèles européens et américains tout en s’en émancipant. Une œuvre «claire, optimiste, radieuse», selon les propos de la compositrice, qui affirme ici un solide tempérament. Un concerto dédié à celui qui en assurera la première mondiale : Frank Peter Zimmermann.
L’inspiration créatrice ? Une impérieuse nécessité intérieure, un élan mystérieux, un travail patient et obstiné, sans doute. Mais chez Augusta Read Thomas, l’inspiration trouve aussi sa source dans la personnalité des interprètes. «Composer mon Troisième Concerto pour violon pour Frank Peter Zimmermann et son beau Stradivarius a représenté un moment fort de ma vie», rappelle la compositrice, admirative des qualités tant humaines qu’artistiques de son soliste. Par ailleurs, elle affectionne particulièrement le violon, auquel elle a destiné de nombreuses partitions : on songera notamment au Concerto n° 1 «Spirit Musings» (2003) et au Concerto n° 2 «Carillon Sky» (2005). Dans l’avenir, elle souhaiterait ajouter encore trois ou quatre concertos pour violon à ce corpus déjà important.
«Juggler in Paradise» (Jongleur au paradis) laisse percer de multiples influences : Brahms, Mahler, Debussy, Ravel, Stravinsky, Berg, Berio, le compositeur anglais Oliver Knussen, ou encore le jazz américain. L’œuvre évite cependant toute réminiscence stylistique. La référence aux musiciens cités ne relèverait-elle pas plutôt de techniques de composition communes ? En effet, Augusta Read Thomas cherche à obtenir une unité organique fondée sur l’exploitation de «petits objets musicaux (un accord, un motif, un rythme, un timbre, etc.)». Soumis à de multiples manipulations, le matériau dévoile des perspectives insoupçonnées et donne naissance à de nouveaux éléments. Lesquels nourrissent ainsi le développement musical et garantissent la lisibilité formelle.
Ce souci de clarté apparaît également dans le climat de la partition. «Pas de requiem, de commémoration d’événements tragiques, de revendications politiques», affirme Read Thomas. Au contraire : une œuvre colorée, lyrique (la compositrice insiste sur le caractère vocal de sa musique instrumentale), donnant une sensation de spontanéité. Ce dernier point ne saurait étonner de la part de celle qui définit ses œuvres comme des «improvisations capturées» et qui, en dépit d’une notation extrêmement précise, crée l’illusion d’une musique s’inventant à mesure. La souplesse du discours et l’apparente absence de préméditation émanent en partie d’un refus de répétitions à l’identique. Comme chez Bach (autre modèle avoué), les motifs se transforment continuellement et conduisent dans des paysages inattendus, parfois caractérisés par un rythme incisif, parfois par un tempo lent et un climat méditatif. Certaines sections du concerto sont nettement juxtaposées, d’autres s’enchaînent de façon imperceptible, au gré d’une modification subtile du matériau.
Riche et raffiné, le travail sur les timbres n’est en rien décoratif, mais constitue un élément organique. Un domaine que maîtrise à la perfection Augusta Read Thomas : elle a enseigné l’orchestration pendant neuf ans à la Northwestern University, avant d’abandonner son poste pour se consacrer totalement à la composition. Prendre ce risque, c’est aussi exprimer la nécessité vitale de l’acte créateur.
Hélène Cao
Le concert du 16 janvier sera diffusé en direct sur France Musique et sur les radios de l'UER.
en savoir plus sur le concert du 16 janvier
voir le site d'Augusta Read Thomas

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